Photovoltaïque : se faire une place au soleil
L’énergie solaire photovoltaïque fait partie des solutions préconisées par la France pour atteindre ses objectifs d’électrification. Si la pose de panneaux sur toitures perd de son dynamisme en raison d’un changement de réglementation, l’agrivoltaïsme est de mieux en mieux encadré. Quoi qu’il en soit, de plus en plus d’acteurs de l’appro-collecte se mettent en ordre de marche pour développer des projets solaires et ainsi embarquer un maximum d’agriculteurs. Encore faut-il choisir le bon modèle économique, qui est propre à chacun.
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Atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 fait partie des objectifs que l’Union européenne s’est fixée dans le cadre du Pacte vert (2021). Pour réduire ses émissions de CO2, la France s’est dotée de deux outils de pilotage : la Stratégie nationale bas carbone et la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Révisée tous les cinq ans, la troisième édition de la PPE vient d’être publiée par décret le 12 février. Pour 2035, elle ambitionne la production de 650 à 693 térawatt-heures par an (TWh/an) d’énergie électrique décarbonée. Cette nouvelle version fait la part belle au nucléaire, au détriment de l’éolien terrestre et du solaire photovoltaïque (PV).
48 GW d’ici 2035
La puissance installée envisagée pour le solaire est désormais de 48 GW en 2030 contre 54 GW prévus initialement. À titre de comparaison, le solaire photovoltaïque a fourni 24,8 TWh/an en 2024 pour une puissance installée de 24,3 GW, d’après le Réseau de transport d’électricité (RTE). Soit 5,6 % de l’énergie électrique consommée en France. Pour le syndicat des énergies renouvelables, cette réduction de l’objectif « correspond à un ralentissement du marché de ces deux dernières années, mais évite de mettre la filière à l’arrêt ».
Jusqu’en 2028, les appels d’offres et arrêtés tarifaires seront publiés dans la limite d’un plafond de 2,9 GW par an, dont 41 % sur petites et moyennes toitures, 5 % sur petites installations au sol, 54 % sur grandes installations (répartition provisoire). Après 2028, le développement du photovoltaïque sera a priori de 5GW/an mais pourra être ajusté en fonction des besoins en électricité.
Plusieurs méthodes
Au niveau agricole, la pose de panneaux sur bâtiments a été encouragée, ces vingt dernières années, grâce à des tarifs d’achat de l’électricité attractifs proposés par EDF Obligation d’achat (EDF OA). En partenariat avec des énergéticiens, certains acteurs de l’appro-collecte ont encouragé la pose de panneaux chez leurs clients ou bien financé la construction de nouveaux bâtiments.
C’est le cas de Racine, filiale du groupe Perret, qui a fait construire un entrepôt de 2 000 m2 sur son siège de Brignoles (Var) grâce au photovoltaïque. Les bénéfices liés à la production d’électricité (600 MWh/an) seront partagés entre Racine, qui dispose gratuitement d’un bâtiment mis à sa disposition, et Tenergie, qui financera le projet en tant que développeur et exploitant de la centrale. « Notre rôle a été d’obtenir les pièces administratives nécessaires au développement du projet (permis de construire, contrat de revente à EDF, autorisation de raccordement auprès d’Enedis), puis de construire et d’exploiter la centrale solaire pendant 20 à 30 ans », présente André Lefebvre, directeur de développement des marchés agricoles chez Tenergie.
La pose de panneaux peut aussi se faire sur des bâtiments existants. Si aucun gros travaux n’est nécessaire, un loyer est reversé au propriétaire. Si le bâtiment est plus ancien et nécessite un désamiantage, celui-ci peut être financé par le photovoltaïque et viendra remplacer le loyer.
Mais l’énergie produite peut aussi être autoconsommée. Ainsi, RAGT termine la solarisation d’un entrepôt pour son usine d’aliments à Albi (Tarn). La centrale solaire produira environ 15 % des besoins en électricité de l’usine (lire RAGT choisit le tiers investissement).
Parfois, des partenariats « capitalistiques » entre énergéticiens et distributeurs voient le jour. C’est le cas d’Eurea qui a monté avec Tenergie, le Crédit Agricole et Sicarev, l’entreprise Loire Haute-Loire Énergie (lire Quel modèle économique choisir ?). L’objectif ? « Développer du photovoltaïque sur bâtiments d’élevage en agissant en synergie entre quatre acteurs complémentaires », précise André Lefebvre.
Mais depuis le 26 mars 2025, la modification de l’arrêté tarifaire S21 a freiné le développement du photovoltaïque. Ce tarif a longtemps constitué un pilier de développement pour les projets sur toitures ou ombrières d’une puissance installée inférieure à 500 kilowatts crête (kWc). Les producteurs d’électricité solaire bénéficiaient d’un tarif d’achat garanti sur 20 ans par EDF OA, sans mise en concurrence, permettant de sécuriser les financements bancaires.
Désormais, les projets solaires inférieurs à 500 kWc ne sont plus éligibles au tarif d’achat S21. Une décision délétère pour le secteur agricole, qui voit certains projets de solarisation de toitures pénalisés (lire Quel modèle économique choisir ?).
L’essor de l’agrivoltaïsme
Parmi les solutions pour déployer le photovoltaïque au sol figure l’agrivoltaïsme, qui combine productions agricole et énergétique. Afin d’éviter le développement de projets « alibis », l’agrivoltaïsme a été défini par la loi d’accélération de la production d’énergies renouvelables (APER), promulguée le 10 mars 2023, puis encadré par un décret, publié en avril 2024.
À présent, une installation agrivoltaïque doit apporter à la parcelle agricole au moins l’un des services suivants : amélioration du potentiel et de l’impact agronomiques, adaptation au changement climatique, protection contre les aléas et amélioration du bien-être animal. L’agriculture doit demeurer l’activité principale, la perte de rendement engendrée par le dispositif ne doit pas dépasser les 10 % et le taux de couverture des panneaux est limité à 40 %.
Dans le cadre de la PPE 3, la part allouée à l’agrivoltaïsme parmi les 2,9 GW envisagés avant 2028 reste à affiner. Par la suite, et en fonction de la maturité économique de la filière, ces projets seront soutenus par l’intermédiaire d’appels d’offres, dont la puissance viendra en déduction de celle allouée aux appels d’offres précédents.
Selon notre enquête Agrodistribution-ADquation, sur les 393 agriculteurs interrogés, près d’un sur sept pense installer des panneaux agrivoltaïques d’ici cinq ans. La première motivation concerne le complément de revenu (45 %). Valoriser des terres peu productives (28 %), favoriser le bien-être animal (11 %), produire son énergie en autoconsommation ou protéger ses cultures (6 %) font aussi partie des arguments avancés. La Coopération agricole, aussi, encourage le montage de projets agrivoltaïques et de plus en plus de coopératives se mettent en ordre de marche pour développer de tels projets et ainsi embarquer un maximum de leurs adhérents (lire dernière partie sur l'agrivoltaïsme).
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