La filière des oléoprotéagineux ne renonce pas à l’autonomie

Valérie Bris, directrice de La Coopération agricole Nutrition animale, Françoise Labalette, directrice adjointe de Terres Univia, et Sophie Marquis, déléguée générale de l'Association Chimie du végétal, ont insisté sur les interconnections dans la filière qu'il faut soutenir, lors de la table ronde organisée par FranceAgriMer au Salon de l'agriculture, le 26 février.
Valérie Bris, directrice de La Coopération agricole Nutrition animale, Françoise Labalette, directrice adjointe de Terres Univia, et Sophie Marquis, déléguée générale de l'Association Chimie du végétal, ont insisté sur les interconnections dans la filière qu'il faut soutenir, lors de la table ronde organisée par FranceAgriMer au Salon de l'agriculture, le 26 février. ©Benoît Devault

Malgré la bonne position de la France par rapport à ses voisins européens sur le plan de l’autonomie protéique, la marge de progression reste importante.

Alimentation animale, huiles alimentaires, biocarburants, mais aussi chimie, les interconnections dans la filière des oléagineux sont multiples et rendent d’autant plus complexes celles de l’autonomie et de la souveraineté. Pour tenter d’y voir plus clair, FranceAgriMer avait réuni la directrice adjointe de Terres Univia, Françoise Labalette, la directrice de La Coopération agricole Nutrition animale, Valérie Bris, et Sophie Marquis, déléguée générale de l’Association Chimie du végétal, au cours d’une table ronde au Salon de l’agriculture, le 26 février.

Alors que le manque d’autonomie protéique est souvent pointé en France, Françoise Labalette remet un peu de contexte. « Investir dans la filière a été positif. Nous n’avions pas d’industrie sur place et nous avons fait un bond en avant extraordinaire dans les années 1990 et multiplié par quatre notre trituration. » D’après l’interprofession, 70 % des graines triturées sont du colza, loin devant les 21 % de tournesol et le faible 9 % de soja. Mais comme le rappelle la dirigeante de l’organisation, l’enjeu principal était bien l’approvisionnement en huiles alimentaires en France. « Tout le travail était de fournir en huile nos concitoyens pour remplacer l’huile des colonies qui était l’arachide. Quand on regarde les balances, globalement, nous sommes tout à fait à l’équilibre. »

« Notre niveau de dépendance ne s’améliore pas »

Mais si la France est bien placée sur le segment alimentaire, ça se gâte davantage sur l’alimentation animale. « Notre enjeu, c’est celui du maintien des cultures et de la production d’huile sur notre territoire pour avoir des coproduits, quel que soit l’usage de cette huile » rappelle Valérie Bris.

Dans cette entreprise de réduction de la dépendance, la directrice de la section Nutrition animale de La Coopération agricole a observé certaines avancées passées. « La politique sur les biocarburants, quand elle s’est mise en place il y a une vingtaine d’années, a permis un bond majeur dans la réduction de notre dépendance protéique », souligne-t-elle. En 2005, le développement du biodiesel a en effet poussé la production de colza sur le territoire mais, depuis, un plafond semble atteint. « L’arrêt du développement des cultures fait que notre niveau de dépendance ne s’améliore pas », regrette-t-elle. Françoise Labalette reconnaît ces difficultés tout en soulignant la situation enviable de la France par rapport à ses voisins européens. « Nous n’allons pas aussi vite que nous le voudrions, mais nous sommes tout de même 20 points au-dessus de la moyenne de l’Union européenne sur l’autonomie protéique », appuie-t-elle.

Autre enjeu pour l’alimentation animale, celui de la concentration protéique. « Dans un aliment pour volaille, il y a 60 à 70 % de céréales, donc la place pour la protéine n’est pas importante et il faut qu’elle soit concentrée », explique Valérie Bris. « Plus nous parviendrons à concentrer nos tourteaux en protéines, que ce soit par des moyens de recherche variétale ou par des moyens technologiques de trituration, mieux nous valoriserons la matière première protéique origine France. » Un axe de travail « qui fait déjà partie de nos plans », répond Françoise Labalette. « Notamment un colza plus riche en protéine avec une teneur en fibres diminuée. » Mais ce n’est pas le seul défi pour la filière. « Nous entamons un gros travail de prospective pour savoir comment nous allons nous adapter au changement climatique », complète Françoise Labalette. « Nous voulons savoir si cela va induire des changements sur la chaîne logistique et sur les outils de transformation dans les territoires et comment ça va se passer au niveau des exploitations. Il y aura certainement des gagnants et des perdants. »

« Les filières sont complémentaires »

Dans la mitigation de ces changements climatiques, la filière joue par ailleurs un autre rôle via les biocarburants. « Ils permettent une diversification des marchés et ramènent de la valeur, mais ils permettent aussi d’aller dans le bon sens pour décarboner les transports », argumente Françoise Labalette. Des points forts à ajouter à d’autres vertus souvent moins connues. « Lorsque l’on produit du biodiesel, il y a plusieurs coproduits. Au-delà du tourteau, il y a aussi le glycérol qui va donc alimenter le secteur de la chimie, abonde Sophie Marquis. Ça montre bien que les filières sont complémentaires. » Et sur les débats à propos de l’utilisation des terres agricoles dans la filière énergétique qui apparaissent régulièrement, elle appelle à la vigilance. « Les deux marchés ont besoin l’un de l’autre et se complètent. Attention aux effets dominos, en voulant en supprimer un, on supprime de nombreuses filières derrière. »

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